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Le désir de normalité : un véritable problème ?

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Depuis que je suis diagnostiquée schizophrène, je ne me permets plus d’avoir le grain de folie que j’avais autrefois – même avant que mes troubles surgissent – et qui est propre peut-être à chaque être humain, même bien portant, ce grain de folie parfois joyeuse qui accompagne chaque personne tout au long de sa vie. Chaque fois qu’une pensée un peu bizarre me vient – mais tout le monde n’en a-t-il pas ? -, je la chasse et la refoule et l'étiquette comme symptôme de ma maladie. Je me méfie de mon propre esprit, je le suspecte toujours de m’entraîner sur une voie dangereuse ; mais cela aussi est un handicap, car désirer la parfaite normalité, n’est-ce pas vouloir se rendre tout policé, tout lisse, tout plat, tout timoré vis-à-vis de soi-même, encore plus que les autres, et comme l’écrirait Pascal, devenir fou par un autre tour de folie – ne pas être du tout fou dans un monde de folie, n’est-ce pas de la folie ? Dès que je me mets à imaginer que quelqu’un est amoureux de moi, j’ai p…

Open Dialogue (Dialogue ouvert)

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J'aimerais partager avec vous ce quelques liens sur l'Open Dialogue (Dialogue ouvert), thérapie pratiquée en Laponie de l'Ouest et qui a guéri près de 90% de schizophrénies - lorsqu'elles étaient dans leur phase précoce -, et ce, sans presque utiliser aucune médication.
Voici une vidéo qui parle de l'Open Dialogue :

Je vous conseille aussi d'aller ensuite sur ce lien-ci (plus technique que la vidéo) pour en apprendre plus : https://www.forumpsy.net/t908-open-dialogue-bases-theoriques-et-institutionnelles Il y a aussi un groupe Facebook sur l'Open Dialogue appelé : "OPEN DIALOGUE" francophone, guérison, psychose, schizophrénie et bipolarité.
Je vous invite à en parler avec votre psychiatre pour faire connaître cette forme de thérapie qui s'est développée en Laponie occidentale ; peut-être ne la connaîtra-t-il pas, et cela pourrait-il l'intéresser. Parlez-en autour de vous. Montrez les liens que j'ai donnés directement au lieu de rediri…

Le lien

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L'image qui se trouve en tête de l'article est la photographie d'une chaîne humaine d'enfants européens et africains se rejoignant dans le Détroit de Gibraltar, une action orchestrée par l'artiste belge Francis Alÿs ; chacun de ces enfants tient un petit bateau fait à la main ; ces enfants entrent dans l'eau et nagent pour se rejoindre d'un continent à l'autre.
Cela m'a donné l'idée du nom de l'article d'aujourd'hui : le lien.
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Depuis deux ans, je suis tourmentée par l’ombre de Nietzsche et de sa philosophie, qui plane encore au-dessus de ma tête ; j’ai découvert son œuvre avec enthousiasme il y a maintenant deux ans,cette œuvre qui m’a donnée pendant l’éclair de quelques heures, quelques jours tout au plus l’illusion d’être forte - et même toute-puissante. J’ai cherché à vivre l’égoïsme absolu que préconise ce philosophe et à ne m’en remettre qu’à mes propres forces. J’ai cherché à me défaire du carcan de la morale et à ne…

Flux de pensées

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Il y a eu plusieurs étapes dans ma maladie. Des moments où mon esprit n’avait qu’une idée fixe, et sans doute à cause des symptômes négatifs, pensait d’une manière totalement épurée. Puis des moments plus échevelés, où la pensée s’est complètement débridée. Depuis que je suis sous traitement, les pensées banales, insignifiantes, comme des herbes folles, ont repris leur droit et je ne suis plus obsédée par des idées fixes, chargées d’un sens personnel ; il y a une place à l’aléatoire et à l’incontrôlable dans mon esprit. Il y a une sorte de bruit de fond qui est là en permanence, comme un acouphène intérieur : des pensées qui vont et viennent, sans intérêt particulier et auxquelles je n’accorde pas d’importance. Ma pensée s’est en quelque sorte enrichie et stratifiée, nivelée en plusieurs étages, plus ou moins conscients, alors qu’auparavant, elle frôlait le minimalisme : elle n’était que composée d’idées fixes et signifiantes. Le début de ma rémission a été d’accepter l’insignifiant…

Ordre et désordre

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Avant-hier, je suis rentrée de vacances et j’ai retrouvé ma maison – celle où je vis avec mes parents ainsi que mon petit frère –, et aussi ma chambre. J’avais laissé celle-ci en désordre à mon départ ; la première chose que j’ai faite à mon arrivée, a été de la ranger. C’est toujours par le rangement que je commence des actes importants. L’ordre est pour moi un signe de renouveau ; chaque fois que j’ai voulu me reprendre en main dans ma vie, j’ai commencé par ce geste initial : celui d’ordonner. A mon adolescence, le rangement n’avait aucune importance pour moi ; ma conception de la vie était bien différente de celle que j’ai aujourd’hui. Pour moi, c’était le désordre, le chaos, l’imprévu, le dionysiaque qui faisait la poésie de l’existence ; et aujourd’hui, je ne me plais que dans un espace bien rangé, harmonieux, paisible, dont rien ne heurte le regard : je suis peut-être plus proche – selon les termes de Nietzsche – d’Apollon, dieu de la mesure et de l’équilibre que de Dionysos,…

Le silence

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Expérience indicible, secret inavouable, mystère que l’on veut taire, que l’on craindrait de profaner, de souiller par des mots impropres, langage devenu vain, mots devenus creux, livres devenus silencieux, lettre devenue morte, pudeur, peur du regard de l’autre, peur de donner ce que l’on a de plus précieux, de jeter ses perles à n’importe qui, peur parfois aussi de répandre son malheur en l’exprimant trop fort… Le silence a occupé une grande place dans ma vie depuis que je suis devenue schizophrène, peut-être contre mon gré ; voilà que même maintenant, pour parler du silence, je sens que mon écriture trébuche et que je peine à faire sortir ce qu’il y a au fond de moi-même. Pourquoi le silence ? Il y a des choses qu’on ne peut dire et qu’on ne peut écrire ; je pense à toutes ces expériences étranges que nous font traverser la maladie, que l’on tenterait en vain de décrire, en vain d’étreindre par ses mots, en vain de communiquer à autrui… Ce n’est pas par déficit d’intelligence, m…

Qu'est-ce que la raison ?

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J’avoue que depuis quelques années, je ne sais plus tout à fait ce qu’est la raison ; quand quelqu’un me dit : « Je suis une personne raisonnable, rationnelle », soit pour s’en vanter, soit pour s’en plaindre, j’ai bien de la peine à la croire, même si je crois comprendre à peu près ce qu’elle veut dire – et ce, puisque moi aussi, à une époque lointaine, je pouvais dire de moi-même la même chose : « Je suis une personne raisonnable, rationnelle ». En fait, je crois que ma part de folie, c’est aussi de ne plus savoir ce qu’est exactement la raison. La question « Qu’est-ce que la raison ? » est une question que je me pose souvent. Autrefois, je n’avais nul mal à imaginer ce qu’était la raison ; il n’y avait pour moi qu’une seule manière d’être rationnel, c’était la mienne ; je voyais le monde comme quelque chose de plat, sans profondeur, et mon regard n’embrassait qu’un seul plan de l’existence : le mien. Je n’étais pas capable de voir qu’il y avait une autre manière de regarder l’exis…

La pensée magique

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J’aimerais parler dans cet article de ce qu’on appelle la pensée magique (très présente chez moi). Je remarque qu’elle l’est aussi chez certaines personnes qui ne sont pas atteintes de trouble psychique ; par exemple, l’une de mes amies, qui est assez superstitieuse, après avoir regardé beaucoup de vidéos New Age sur la pensée positive, s’est mise à avoir peur des mots qu’elle prononçait. Un exemple de ce qu’elle pouvait me dire à ce moment-là : « Si je dis que j’ai peur, je vais effectivement avoir peur ; si je dis que ces vidéos m’ont fait du mal, elles m’auront effectivement fait du mal », etc. Je me suis un peu renseignée sur Wikipédia. Apparemment, la pensée magique est très présente chez l’enfant mais disparaît à l’âge adulte sauf en cas d’immaturité ou de trouble psychique ; j’ajouterais aussi que des personnes superstitieuses selon leur culture, qui n’ont rien d’immatures ni de malades ont ce genre de pensée – c’était le cas de mon amie.
Selon Wikipédia, la pensée magique est…

Le vêtement

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Pourquoi un article sur le vêtement dans un blog consacré à la schizophrénie ? L’une des premières choses dont j’ai cessé de me soucier lorsque je suis tombée dans la maladie, c’est de la manière dont je m’habillais. Je me souviens que pendant plusieurs mois, j’ai toujours porté la même polaire bleue, un jean et vieux foulard, même au plein cœur de l’été ; je pense qu’il y avait plusieurs causes à ce désintérêt profond que j’ai tout à coup éprouvé pour la question vestimentaire. Je vais tâcher de les éclaircir ici. Quoiqu’il en soit, je suis revenue sur mes positions – peut-on vraiment appeler positions ce qui n’était que les premiers symptômes de la maladie ? J’accorde aujourd’hui il est vrai, plus d’importance à la manière dont je m’habille ; je pense même d’une manière générale que le vêtement que l’on porte a une importance trop souvent négligée – et certes parfois aussi surévaluée dans cette société par trop consumériste. Le vêtement a plusieurs fonctions : protéger notre corps,…

Repli sur soi et maladie

Voilà quelques temps que je remarque que j’ai tendance à devenir repliée sur moi-même. Je dirais qu’il y a plusieurs raisons à cela : la première est que je souffre d’une pathologie qui entraîne un certain émoussement affectif, des difficultés dans les interactions sociales, des difficultés face à mon identité propre aussi – et donc face à mon identité morale elle-même ; la seconde est que cette pathologie me prive en partie de mon utilité sociale, puisque je suis très diminuée au niveau de mes capacités ; la troisième est que le malheur lui-même, la faiblesse, la maladie – quelle qu’elle soit – peuvent provoquer un certain égoïsme - je ne mets aucun jugement moral dans ce mot, d'autant plus que selon moi, l'égoïsme peut parfois être sain.
Je vais tâcher d’éclaircir ici tout cela – cet article est susceptible d’évoluer au fil des mois.
J'ai conscience que c'est une sorte de luxe de pouvoir se poser de telles questions. C'est parce que je ne suis plus au coeur de la…

Le massage

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Samedi dernier, j’ai été pour la première fois de ma vie, massée intégralement, des pieds jusqu’à la tête, par une esthéticienne. C’était un cadeau que j’avais reçu pour mon anniversaire. Moi qui me suis battue avec des problèmes en lien avec mon corps (peur d’être touchée, hypocondrie, douleurs, TCA…), je peux dire que cette séance m’a fait beaucoup de bien, et qu’elle a peut-être débloqué un certain nombre de choses en moi. Le massage que j’ai reçu était un massage californien ; voici comment Wikipédia le décrit : « Développé à Esalen en Californie dans les années 1960, le massage californien fait partie de la famille des massages psycho-corporels permettant un travail pouvant être une clé pour un travail sur soi, en parallèle, par exemple, avec un psychothérapeute. Il se reçoit nu, et se caractérise par de longs mouvements sensuels (dans le sens de sentir et ressentir, et non sexuel), doux et harmonieux, en lenteur, avec des pauses, permettant ainsi au receveur d'apprivoiser c…