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Confinement

Mes parents, mon petit frère et moi, nous avons mesuré notre température samedi après-midi ; nous avions tous de la fièvre, excepté mon père. Hier, nous avons eu notre médecin traitant en téléconsultation : nous présentons bien les symptômes du coronavirus ; aussi nous devons rester confinés pendant quatorze jours, sans possibilité de sortir - sauf si nous réussissons à nous procurer des masques. Seul mon père qui est asymptomatique est autorisé à sortir, pour faire les courses nécessaires. Pour ma part, je suis un peu inquiète à l’idée de devoir rester enfermée pendant quatorze jours.J’ai l’habitude pour maintenir mon équilibre psychique d’aller faire un jogging chaque matin, et d’aller de temps en temps me promener en forêt ; j’ai aussi des activités prévues la semaine prochaine à l’hôpital de jour près de chez moi. Je ne vais bien entendu, pas pouvoir y assister et je vais aussi devoir trouver une nouvelle routine : peut-être remplacer mon sport par une séance supplémentaire de mé…

La schizophrénie ou l'inconscient révélé

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Depuis quelques années, depuis que ma maladie s’est déclarée, disons, il me semble vivre un rêve éveillé, et il me semble que mon inconscient se révèle. C’est comme si mon esprit était un vaste océan ; et comme si l’on avait retourné la peau de cet océan, si bien que l’on voyait des poissons abyssaux, bigarrés et monstrueux à la surface de l’eau, plutôt qu’une surface hermétique, comme si l’on découvrait tout ce que cache d’habitude cette surface, au grand jour. C’est comme si ma maladie m’offrait un accès « privilégié » à ce qui se passe dans mon inconscient, qui autrefois était caché à mes yeux. Quelles conséquences ? imaginez un danseur qui danserait constamment devant un miroir. Parviendrait-il à se laisser aller et à danser avec autant de grâce que celui qui danse sans miroir ? Le fait d’avoir accès à mon inconscient me déstabilise car je vois la partie la plus profonde de moi-même en même temps que j’agis. De plus, je connais les causes cachées de mes actes, qui souvent, sont …

Comment je me suis "ophélisée"

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Quelques petites remarques sur le titre de ce blog : « skizophelia. » Il est un peu trop tard pour le changer, et je ne suis pas sûre d’ailleurs de vouloir le faire. Je l’ai choisi très rapidement, car j’étais très empressée de pouvoir publier certains des textes que j’avais écrits sur Internet. Mais… Ce nom dès le début m’a posé problème, pour deux raisons que je vais expliquer ici. Premièrement, je m’identifie à ma maladie, la « schizophrénie » en regroupant mes écrits sous le nom de « skizo, etc. » C’est un raccourci utile, me suis-je dit, cela va permettre à toutes les personnes concernées par ma maladie de me trouver facilement et de comprendre rapidement ce dont traite ce blog. Le problème est que j’ai un peu l’impression de me montrer en spectacle, en animal de foire lorsque j’utilise le nom de ma maladie en gros titre pour rameuter du monde. Et j’ai aussi l’impression de m’identifier à mon stigmate : mes textes ne sont pas seulement les textes d’une jeune fille de vingt-trois…

Du mensonge à soi-même à la recherche désintéressée de la vérité

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Mes délires ont commencé le jour où j’ai pensé que le mensonge à soi-même était une chose utile à l’existence. A l’époque où je ne cherchais que la vérité, et seulement la vérité, je n’étais pas encore psychotique ; c’est quand j’ai voulu que la réalité se conforme à mes désirs, et que j’ai commencé à appeler mes propres impressions subjectives « vérité » que je suis vraiment entrée dans la maladie ; c’est lorsque j’ai voulu façonner le monde à mon image que ma schizophrénie a vraiment débuté. Mais pour qu’une telle chose se produise, il a fallu que je passe par une phase « névrotique » où j’étais en proie à un douloureux scepticisme, à un doute vis-à-vis de tout, à une véritable crise existentielle, une remise en question permanente. Nietzsche a écrit que ce n’est pas le doute qui rend fou, mais les certitudes ; j’aimerais lui répondre : « Certes, le doute en lui-même ne rend pas fou. Mais quand on est en un état de doute permanent, au point que ce doute se transforme en douleur ext…

Le syndrome de Cendrillon

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En écoutant une conférence très intéressante sur la pensée de Goffman à propos du stigmate (disponible ici), j’ai entendu pour la première fois parler de ce que cet auteur appelle le « Syndrome de Cendrillon. » Un stigmate est selon Goffman une « situation de l'individu que quelque chose disqualifie et empêche d'être pleinement accepté par la société. » Lorsqu’une personne a un stigmate invisible, qu’elle est « discréditable », elle est obligée de toujours cacher ce stigmate aux yeux des autres ; elle doit aussi toujours se préparer à une retraite potentielle pour enlever son déguisement, ce qui fait qu’elle a un pied dans les relations sociales, un pied en dehors : elle est toujours sur le qui-vive pour savoir se retirer au bon moment. Tout comme Cendrillon pour qui « à minuit, il faut déguerpir. » Cette image m’a particulièrement marquée car pour les mêmes raisons, je me suis déjà souvent comparée à Cendrillon qui doit savoir se retirer avant que sa belle robe de princesse …

La peur de l'autorité

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J’ai un véritable problème avec l’autorité : je m’y soumets parfois trop facilement - et ce, surtout depuis que je me considère comme une personne "fragile". Je suis une personne docile, policée, qui ne veut pas faire de bruit et ne pas se faire remarquer – comme peut-être beaucoup d’autres « fous » qui recherchent la normalité à tout prix ; j’ai toujours peur de m’attirer des ennuis en remettant en cause l’ordre établi. Mais ma peur est bien plus profonde, bien plus métaphysique aussi… Un monde dont l’autorité est défaillante et contestable me paraît totalement vertigineux ; aussi, je préfère me dire la chose suivante : « Le pouvoir a toujours raison. » Je préfère m’enfermer dans la servitude volontaire, non pas seulement par crainte des oppresseurs mais aussi plus subtilement, par crainte de remettre en cause un ordre établi qui au moins a le mérite d’être stable, accepté par la majorité des gens dits sains d’esprit et rassurant, parce que connu. Oui, c’est une peur méta…

Une rancune thérapeutique ?

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Faut-il avoir de la rancune face à ceux qui nous ont fait du mal ou contre le système en général ? Cette question me semble difficile à traiter. Le ressentiment est selon Nietzsche, un frein à la vie, le propre des faibles et des mal-portants. Egoïstement donc, il vaut mieux se débarrasser du ressentiment par l’oubli. De même, sur un autre versant, selon notre culture judéo-chrétienne, il faut savoir pardonner à ceux qui nous ont fait du mal et « tendre l’autre joue. » Altruistement et égoïstement, selon cette culture judéo-chréteinne, il est important de se débarrasser de la rancune par le pardon pour retrouver la paix intérieure. Et néanmoins la question reste ouverte pour moi. Car n’est-ce pas parfois une lâcheté, et même une simple recherche de confort intérieur d’essayer de pardonner ou d’oublier ? Et certes, si la rancune ne nous fait pas du bien à nous-mêmes personnellement, ne peut-elle pas faire du bien à la société dans laquelle nous vivons ? n’est-ce pas cette colère justi…

Mon enfance : schizophrène avant l'heure

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Aussi étonnant que cela puisse paraître, j’ai suspecté bien avant les premiers délires que je pourrai plus tard souffrir de schizophrénie ; j’ai même fait mon TPE en première, sur la folie dans les arts. C’était une grande hantise pour moi, bien avant que je ne sombre dans la maladie, une grande hantise pour moi de devenir un jour schizophrène. Dans ma petite enfance, j’avais aussi peur de la maladie mentale et je disais souvent : « J’ai peur de devenir folle. » Mon entourage s’en souvient encore. Une fois, j’ai aussi demandé à ma mère : « Si tu avais un enfant schizophrène, est-ce que tu aurais peur de lui ? » Et à cette époque, elle m’a répondu : « Oui. » Je me suis intéressée très tôt au sujet, donc, et en seconde, je songeais même à devenir neurologue ou psychiatre. Peut-être le fait d’y avoir été sensibilisée tôt m’a permis de mieux accepter mon diagnostic et d’avoir de bonnes bases pour comprendre ma maladie. Un film m’a particulièrement traumatisée dans mon enfance. Je ne me …

Idées reçues sur la schizophrénie

Depuis que je suis diagnostiquée, j’évite de parler de ma maladie autour de moi par peur d’être stigmatisée. En effet, selon une étude de l’Obsoco et de PromesseS, la schizophrénie est la maladie traitée le plus négativement dans les médias. Selon l’étude le Grand baromètre de la schizophrénie menée en 2018, 82% des français se sentent mal informés sur la schizophrénie et seulement 16% des schizophrènes et 17% des aidants se sentent pleinement informés sur cette pathologie. Plus de 80% du panel interrogé (dont font partie des professionnels de santé) croient que la schizophrénie consiste en un dédoublement de la personnalité. Selon une étude de Jodelet parue en 2015, pour près de 90% de la population, les personnes qualifiées de « malades mentales » ou de « folles » sont catégorisées par plus de 90% de la population comme des personnes « anormales » et « dangereuses. »
Mettons fin aux clichés et aux idées reçues sur cette maladie !
1) La schizophrénie est un dédoublement de la person…

Mon idée fixe

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Depuis que je prends mon traitement, mes idées bizarres et délirantes ne m’empêchent plus de vivre – je devrais écrire plutôt « mon » idée délirante au singulier, car mon délire était très systématisé. Cette idée délirante ne m’encombre plus ; je ne lui sacrifie plus mon repos et mon bien-être. En revanche, a-t-elle pour autant disparu ? Si je creuse au plus profond de moi-même, je la retrouve toujours : elle semble former l’empreinte digitale de mon esprit. Je ne peux pas la changer – du moins la médecine ne m’a pas permis de la changer –, elle est toujours là. Ce n’est pas l’objet de ce blog de donner le contenu de mes pensées étranges. Tout ce que je peux dire, c’est que j’ai toujours au fond de moi-même une conviction profonde, que rien pour le moment, n’a réussi à ébranler ; et si les symptômes qui découlent de cette pensée fixe, systématisée ont pu être résorbés par le traitement, la pensée elle n’a pas disparu : je la retrouve encore conservée tout à fait intacte, comme un org…

Le délire signifie quelque chose

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Le délire signifie quelque chose ; je veux dire par-là qu’il exprime par des signes quelque chose. Souvent quelque chose d’indicible. Quelque chose que l’on ne peut pas dire autrement qu’en quittant le langage de la raison… Selon moi, c’est une grande erreur de la psychiatrie actuelle telle qu’elle se pratique en France d’étiqueter tout discours qui échappe à notre logique de « délire » et de s’arrêter là. Car une fois que le discours est étiqueté comme discours délirant, c’est comme si l’on réduisait au silence la personne qui l’exprime et comme si l’on s’interdisait d’y formuler une réponse.
La théorie de l’étiquetage m’a en partie inspiré cet article. On lit sur la page Wikipédia à propos de cette théorie la chose suivante :  « Le diagnostic de schizophrénie, quant à lui, donne à croire que les actions et paroles de la personnes en question seraient dénués de signification et propres à être considérés comme délirants. Ceci entraînerait une négligence quant à l'expression par la…

Le désir de normalité : un véritable problème ?

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Depuis que je suis diagnostiquée schizophrène, je ne me permets plus d’avoir le grain de folie que j’avais autrefois – même avant que mes troubles surgissent – et qui est propre peut-être à chaque être humain, même bien portant, ce grain de folie parfois joyeuse qui accompagne chaque personne tout au long de sa vie. Chaque fois qu’une pensée un peu bizarre me vient – mais tout le monde n’en a-t-il pas ? -, je la chasse et la refoule et l'étiquette comme symptôme de ma maladie. Je me méfie de mon propre esprit, je le suspecte toujours de m’entraîner sur une voie dangereuse ; mais cela aussi est un handicap, car désirer la parfaite normalité, n’est-ce pas vouloir se rendre tout policé, tout lisse, tout plat, tout timoré vis-à-vis de soi-même, encore plus que les autres, et comme l’écrirait Pascal, devenir fou par un autre tour de folie – ne pas être du tout fou dans un monde de folie, n’est-ce pas de la folie ? Dès que je me mets à imaginer que quelqu’un est amoureux de moi, j’ai p…

Open Dialogue (Dialogue ouvert)

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J'aimerais partager avec vous ce quelques liens sur l'Open Dialogue (Dialogue ouvert), thérapie pratiquée en Laponie de l'Ouest et qui a guéri près de 90% de schizophrénies - lorsqu'elles étaient dans leur phase précoce -, et ce, sans presque utiliser aucune médication.
Voici une vidéo qui parle de l'Open Dialogue :

Je vous conseille aussi d'aller ensuite sur ce lien-ci (plus technique que la vidéo) pour en apprendre plus : https://www.forumpsy.net/t908-open-dialogue-bases-theoriques-et-institutionnelles Il y a aussi un groupe Facebook sur l'Open Dialogue appelé : "OPEN DIALOGUE" francophone, guérison, psychose, schizophrénie et bipolarité.
Je vous invite à en parler avec votre psychiatre pour faire connaître cette forme de thérapie qui s'est développée en Laponie occidentale ; peut-être ne la connaîtra-t-il pas, et cela pourrait-il l'intéresser. Parlez-en autour de vous. Montrez les liens que j'ai donnés directement au lieu de rediri…

Le lien

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L'image qui se trouve en tête de l'article est la photographie d'une chaîne humaine d'enfants européens et africains se rejoignant dans le Détroit de Gibraltar, une action orchestrée par l'artiste belge Francis Alÿs ; chacun de ces enfants tient un petit bateau fait à la main ; ces enfants entrent dans l'eau et nagent pour se rejoindre d'un continent à l'autre.
Cela m'a donné l'idée du nom de l'article d'aujourd'hui : le lien.
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Depuis deux ans, je suis tourmentée par l’ombre de Nietzsche et de sa philosophie, qui plane encore au-dessus de ma tête ; j’ai découvert son œuvre avec enthousiasme il y a maintenant deux ans,cette œuvre qui m’a donnée pendant l’éclair de quelques heures, quelques jours tout au plus l’illusion d’être forte - et même toute-puissante. J’ai cherché à vivre l’égoïsme absolu que préconise ce philosophe et à ne m’en remettre qu’à mes propres forces. J’ai cherché à me défaire du carcan de la morale et à ne…